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analogique
#54
Goepin a dit...

Hahaha… Grin Par définition, en effet, tout débiteur vit aux dépens ! Merveilleux ! Wink À la vive fontaine le reflet n'est jamais parfait… mais pour satisfaire aux exigences d'Esteban en matière de symétrie, je vous propose la formulation suivante, certes moins riche mais assez fidèle je pense à votre énoncé :

"Tout dénigreur vit aux dépens de celui qui répond."


Décidément, je crains de ne bientôt plus pouvoir me passer de vous.
Je me demande si le renversement ultime du miroir de la Fontaine ne se résout pas plutôt comme cela:

"Tout écouteur vit aux dépens de celui qui le dénigre"


Goepin a dit...

J'avoue que la tournure de la discussion sur le sujet en question m'a mis mal-à-l'aise. J'étais très heureux quand à moi de lire un témoignage éclairant, sans me permettre de juger de sujets profonds, sensibles, complexes… trop pour moi en tout cas. Et il est vrai que les mentions "j'aime/je n'aime pas" sont muettes quant à leur objet précis. Mais peu importe…


Vous n'êtes probablement pas le seul à avoir ressenti ce malaise.

Goepin a dit...

J'espère bien comprendre le sens de votre réflexion (reprenez-moi si je m'égare). J'associais moi aussi a priori la "bonne intelligence" et ses consœurs à une certaine idée d'harmonie. Pourtant, nous pouvons constater que la compréhension mutuelle et la réponse aux attentes du partenaire peuvent également prendre une forme dissonante. Mais c'est peut-être là un constat subjectif et subordonné à la priorité de faire passer un message sans perte d'information, le plus exactement et le plus clairement possible.

Le message passe-t-il bien ou mal ? Dans une discussion, cela dépend sans doute aussi du moment. Et à quel moment l'intelligence est-elle dissonante ? Quand le discours est (encore) policé mais que l'idée ne passe pas ? Ou bien quand les angles se raffermissent pour en percer la substance ? Peut-être en effet, le second cas est-il une forme inattendue de bonne intelligence. ^^

Si je ne me suis pas éloigné de la piste que vous proposez, on pourrait donc voir la bonne intelligence comme une harmonie de niveau supérieur… une méta-harmonie dont la forme concrète se déclinerait en "harmonie harmonieuse" et "harmonie dissonante".


Ah, c'est drôle que vous vous exprimiez en terme d'harmonie dissonante, parce que ça découle du lexique musical, et il se trouve que dans la musique classique occidentale, la dissonance c'est précisément le moteur de l'intérêt de l'auditeur, la tension vers le moment suivant qui appelle une résolution, le conflit qui exige un apaisement... La dissonance ne mérite pas le sort péjoratif qu'on lui réserve habituellement, car elle est le principal levier de l'expressivité.

Pour ne pas perdre de vue que nous sommes sur un site de cul, la dissonance, c'est l'autre nom du désir.

Cet aller et retour entre tension et détente (désir/plaisir) est le principe qui a prévalu dans toute l’histoire de la musique occidentale. Mais l’auditoire s’habitue culturellement très vite aux dissonances qu’on lui donne à entendre, et l'évolution a imposé un processus de surenchère, qui fait avant tout de l'histoire de cette musique une histoire des dissonances, toujours plus osées...

Les limites de ce systèmes ont été atteintes par les derniers romantiques de la fin du XIXème siècle, qui ont poussé les résolutions dans leurs derniers retranchements en enchainant des cascades de dissonances superposées. Car la dissonance n'est perçue comme telle que dans un cadre où elle se résout. Dès lors qu'on ne les résout plus, ou si on ne donne plus à entendre que ce qui auparavant était pris pour ces dissonances, leur pouvoir de tension s'estompe et se pacifie, l'attente d'une résolution passe très vite aux oubliettes. Ça a été le projet autant que la découverte des premiers dodécaphonistes du XXème siècle.

Si on applique cette grille d'analyse musicale aux échanges entre deux personnes, on pourrait entendre que l'harmonie harmonieuse est ce qui ressemble à un échange de platitudes sans projet et sans désir, tandis qu'un monde de pure dissonance s'essoufflerait de lui-même dans la monotonie d'un conflit toujours entretenu et reconduit.

Reste donc l'harmonie dissonante, qui est assurément ce qui qualifie le mieux toute relation intersubjective, avec ses moments d'angoisse et de désir, ses apaisements et ses résolutions.

Me voici bien éloigné de votre proposition première et du sujet qui nous occupe... Peut-être que cette méta-harmonie dont vous parlez pour qualifier des situations de "bonne intelligence paradoxale" existe de fait dès lors que les deux protagonistes sont à une distance respective où la forme statique de leur échanges leur convient, peu importe que ce soit pour parler de la pluie et du beau temps, ou pour s'envoyer des vacheries.

Mais vous comprendrez que je ne vois là pas la moindre dissonance...
Dernière modification le 02/08/2013 00:00:55 par analogique.
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