Goepin a dit...
Bonsoir à tous !
Bonsoir et merci analogique pour ce billet intéressant. Je suis d'accord sur ta critique du sens commun que nous (je m'englobe aussi bien sûr, car sinon ça serait trop facile) avons de ce mot. Comme bien d'autre mots piégés d'ailleurs…
Bonsoir Goepin et merci de ton intérêt comme de ta lecture attentive dont témoigne ta réponse.
En fait, je suis persuadé que tous les mots, absolument tous sans exceptions, jusqu'aux plus anodins sont ainsi "piégés". Ou tout au moins peuvent vouloir dire (l'expression "vouloir" dire est à elle seule très significative) mille autres choses que ce que nous croyons ou voulons leur faire dire. Déconstruire le langage est une manière d'essayer de ne pas laisser la langue penser à notre place... Même si le combat est sans doute perdu d'avance, et même si nous luttons à armes inégales (car nous avons besoin des mots pour échafauder une pensée), il me semble important de ne pas se laisser faire, et d'avoir une conscience de ce qui se dit malgré nous à travers ce que nous disons.
Goepin a dit...
J'aime également l'expression "être en bonne intelligence" qui nous rappelle que l'intelligence, c'est d'abord la compréhension de l'autre, voire l'empathie.
Tout à fait. Cela rejoint en partie les plus récentes pages du sujet sur la déshumanisation où il a été question de la possibilité de se comprendre. A défaut d'y parvenir, se bercer du plaisir d'être en bonne intelligence avec quelqu'un est un petit bonheur dont on aurait tort de se priver...
Goepin a dit...
Il devient urgent d'enchaîner sur le "vrai"

En revanche, je ne suis pas convaincu par ce que tu dis de la "vérité". Je pense que là aussi le mot est piégé. Il y a des vérités relatives, comme celle que tu as donnée : "je suis fatigué". Mais il y a aussi des vérités absolues me semble-t-il : "Louis XIV est mort" (enfin, je ne suis pas témoin, mais je pense que nous serons d'accord pour admettre cela ), ou encore, "j'écris un message à analogique"

Hmmm, oui, peut-être... Je ne suis pas un logicien, et je ne doute pas qu'on puisse faire une contre-proposition solide à tout ce que j'avance. Tout comme il existe, je crois, de sérieuses réfutations des principes de non-contradiction et du tiers exclu...
Tu me dis n'avoir pas été témoin de la mort de Louis XIV, mais pouvoir admettre cela comme une vérité, et la partager avec moi. Cela traduit peut-être le fait que pour être "vraie", une vérité à davantage besoin d'un receveur et dépositaire que d'un témoin direct.
Le fait que tu m'écrives un message ne sera vrai pour moi que dès lors que j'aurai reçu ce message. Et si dans quelque mois j'ai oublié que tu m'as envoyé ce message, ce ne sera plus vrai non plus...
Goepin a dit...
Pour finir par une dernière petite argumentation en ce sens, je remarquerai que la réflexion que tu nous as proposée sur l'intelligence commence et s'achève en faisant appel à une notion vérité assez absolue. Naturellement, tes formules sont plaisantes dans le titre comme dans la conclusion, mais je pense que cette dernière témoigne quand même de la nécessité de se rattacher à une notion de vérité stable, qui garantisse en quelque sorte ton point de vue.
Comme tu le dis très bien toi-même ici et dans le paragraphe précédent, les "vérités" sont des jalons que nous disposons pour nous repérer dans le monde, pour nous y orienter et tenter de comprendre ce que nous y faisons.
Et comme tu le pointes également, la stabilité d'une vérité garantit le point de vue. Il me semble que la réciproque est vraie, et que la stabilité d'un point de vue garantit la vérité.
Je crois même que les deux sont dans une telle interdépendance, qu'on peut les confondre: la vérité est un point de vue, même lorsque celui-ci est très largement partagé. Son caractère ne saurait être que subjectif. Et une vérité absolue n'est jamais qu'un point de vue partagé par tous...
Mais évidemment je ne discute cela que pour le plaisir de discuter: au fond, je sais bien qu'une critique de la vérité qui exclurait le point de vue humain et les problématiques humaines pour sortir de la subjectivité n'aurait plus aucun intérêt pour des humains... La vérité que nous tenons pour vraie est sans conteste un outil sans lequel nous serions bien démunis pour évoluer. Mais il me semble intéressant de garder à l'esprit que toute vérité peut être remise en cause. Fut un temps pas si lointain où il était incontestable que la terre était plate et que le soleil tournait autour... La remise en cause des vérités est aussi ce qui permet de les renouveler.
Au départ, ma critique de la vérité portait sur l'emploi de cette notion en bdsm, car régulièrement on rencontre sur les forums de très intelligents détenteurs (en bande organisée) de la vérité vraie de l'authentique bdsm avec Maitres certifiés et soumises d'origine contrôlée. Ce discours sectaire m'insupporte, et tous les moyens de le contester trouvent grâce à mes yeux.
De la même manière, l'équivalence que j'établis entre intelligence et connerie en tant que point de vue qui ne parle que du locuteur qui emploie ces mots s'enracinent dans les publications du mur, où chaque jour fleurissent des commentaires sur les cons, les sales cons, les vrais cons... Comme s'ils existaient ailleurs que dans la vision de celui ou celle qui les prend pour tels.
Dernière modification le 12/07/2013 11:31:58 par analogique.
3 personnes aiment ça.