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Bon. Et donc... ? Un mauvais perdant d'Uruguay a l'impression de s'être fait voler le match à Roland-Garros par le public (nécessairement acquis à la cause de son adversaire français), face auquel l'arbitre n'aurait pas trouvé la force pour imposer une lecture juste du match. Son analyse me semble tenir en 3 points : - Je méritais objectivement de gagner le match - Le chauvinisme puant du public (principalement français) de Roland-Garros voulait me voir perdre face à leur compatriote - Il a été rendu opérant par le fait qu'une femme-arbitre a plus de mal à imposer ses décisions, et qu'elle a ici cédé à la pression du public, contre laquelle un homme aurait pu mieux se défendre Bon. Je ne crois pas trahir le raisonnement de ce joueur en ayant ainsi reconstitué son raisonnement. À titre personnel, pour avoir vu le match, je pense qu'il s'agit d'une excuse éclatée au sol, qui contrevient au "fair-play" de rigueur dans les grands événements sportifs, et qu'il était juste moins bon, surtout dans le dernier set où il s'est laissé couler. Autrement dit, je le tiens pour un mauvais perdant, et pense qu'il devrait surtout être sanctionné pour son attaque en creux contre le public et sa remise en cause d'une décision arbitrale du personnel désigné par la FFT, bien plus que pour un soupçon de wrongthink sexiste. Mais peu importe. À présent, que penser du commentaire "On en est encore là [dans notre lutte féminisme]", que je trouve personnellement accablant ? 1°) Je ne sais pas qui est ce "on", que je juge malhonnête. La France n'est pas l'Uruguay, et je ne vois pas bien à quel titre les conneries proférées par un uruguayen de 22 piges pourraient être présenter comme caractéristiques d'un état des rapports entre hommes et femmes en France. Je pense qu'il s'agit d'une formule de nigaud ou d'attrape-nigaud. 2°) Quand une mauvaise perdante, et elles ne manquent pas, se prévaut de ce qu'elle a été jugée par des hommes pour remettre en question son échec, je ne la vois jamais être pénalisée par son corps disciplinaire pour sexisme. Quand des académiciennes, par exemple, ont imputé la faible représentation féminine au sein de cet aréopage au grand nombre d'hommes qui y président... personne ne les a taxées de sexisme, personne n'a prétendu les sanctionner ou leur imposer des amendes. Ce que je trouve bien naturel : que leur critique soit fondée (ce dont je doute), ou pas, elles ont encore bien le droit de penser ce qu'elles veulent. À quel titre remettre en question la légitimité d'une femme parce que femme dans un corps arbitral serait moins tolérable que celle d'un homme parce qu'homme ? 3°) Ce que je trouve particulièrement piquant et grotesque, dans la lecture proposée par cet article du Monde (comme par le gros de la presse aux ordres du sexisme institutionnalisé qu'on nous fait bouffer comme "féminisme"), c'est que les mêmes organes de presse, les mêmes journalistes, les mêmes chercheurs, le même personnel politique, et la même opinion publique sait parfaitement que les femmes ont plus de peine à imposer leurs vues contre le groupe, et tendent beaucoup plus volontiers à fuir le conflit ou à taire leur propre point de vue pour épouser l'égrégore du groupe. Ce point est sanctionné par à peu près toutes les recherches sur le comportement genré depuis 40 balais, et c'est un des facteurs le plus souvent mis en avant (à bon droit, me semble-t-il) pour expliquer la disparité des salaires et des promotions entre hommes et femmes à postes homologues : les femmes s'affirment moins, négocient moins durement pour leurs intérêts, font plus facilement primer l'intérêt perçu du groupe sur leurs exigences personnelles, se mettent moins en avant au détriment de leurs collègues, et ainsi de suite. C'est d'ailleurs pour compenser ce biais que tout ce petit monde se félicite que des initiatives telles les "primes" versées aux femmes dans beaucoup d'entreprises, ou la parité de genre dans les mécanismes ordinairement discrétionnaires de promotion interne. Il faudrait donc, d'une part, tenir pour acquis et évident que les femmes cèdent plus volontiers à la pression du groupe, que des hommes en abusent pour les clouer au bas de  hiérarchies internes... et d'autre part, juger "sexiste" qu'un joueur de tennis uruguayen pense lui aussi que les femmes cèdent plus volontiers à la pression du groupe, et que le public ait pu en abuser pour faire triompher son nationalisme ordinaire à Roland-Garros. Rien de tout cela n'est sérieux, et je renvoie les deux parties dos-à-dos, avec leurs préjugés simplets : Ce mauvais perdant qui ne voit dans les français du public de R-G qu'une masse de hooligans, nécessairement ligués contre lui, ne part pas d'un axiome fondamentalement différent de celui de ces aboyeurs professionnels, qui voient dans toute remise en cause par un homme d'un arbitre femme (et jamais l'inverse, mystérieusement) l'expression de la misogynie la plus scandaleuse et de l'oppression patriarcale. Ce sont les mêmes pitreries à l'usage des mêmes pitres. Et, dans le fond, si les uruguayens qui loupent leur performance sont trop cons pour comprendre que les français qui paient 500 balles pour voir un match à Roland-Garros ne sont pas venus voir "perdre un étranger", si les journalistes du Monde sont trop stipendiés ou intellectuellement paresseux pour voir dans les commentaires d'un loser homme contre une femme autre chose que du sexisme... c'est leur problème. Ils sont irréductiblement porteurs de la même médiocrité, du même simplisme et de la même hystérie. Qu'ils s'arrangent entre eux.
Je pense que le premier problème est que... "la cause féministe" n'existe pas. Le féminisme de la première vague, par exemple, n'est pas la recherche d'une égalité homme-femme absolue à travers tous les secteurs, artificielle au besoin, par une lutte émancipatrice des femmes contre le patriarcat. Il s'agissait avant tout du féminisme de : - suffragettes militantes, qui attendaient l'égalité du droit de vote - appuyées, au sortir de la première guerre mondiale, par des industriels et administrateurs que l'expérience de la production "à l'arrière" pendant cette première guerre totale avaient convaincu de la possibilité et de la nécessité de sortir la femme du cadre de la famille pour en faire un élément de production à part entière Quant à ceux qui s'opposaient à l'entrée de la femme dans les urnes, il ne s'agissait pas de "phallocrates" de droite dure qui auraient vu dans la femme une espèce inférieure, intrinsèquement incapable d'opérer des choix politiques. Mais, bien au contraire, de politiciens surtout de gauche (notamment les rad-socs), qui avaient connu les difficultés de la IIIème République à revenir aux affaires après "les lois scélérates" et sa fragilité, et qui craignaient que l'arrivée brutale de 50% d'électrices dans la vie publique (lesquelles étaient à l'époque largement réactionnaires, volontiers monarchistes, et bien souvent "aux mains du prêtre" plutôt que du maire comme ils disaient) ne sonne le glas de la République. Ce premier féminisme est donc une opposition politique, essentiellement entre des hommes et des hommes, qui mettait en opposition des intérêts économiques et industriels contre les intérêts de la sauvegarde d'une république parlementaire intrinsèquement faible, laissée extrêmement vacillante par la honte fondatrice de 1870, la répression de la Commune par les Versaillais, l'affaire du canal de Suez, les attentats anarchistes (dont l'assassinat de Sadi Carnot), le retour de l'ordre moral de Mac-Mahon, la crise boulangiste, l'affaire Dreyfus, l'affaire des fiches, l'affaire Stavisky, les ligues de 34 et ainsi de suite. Ce magma foireux fait qu'elle portait en elle une tension interne extrêmement violente et chaotique, et qu'elle oscillait facilement entre les excès d'une strate révolutionnaire potentiellement très explosive, et les espoirs de restauration monarchiste de tout un tas de blocs (Camelots du Roy, Croix de Feu, etc) qui n'étaient pas bien rassurants non plus. L'existence d'une continuité, réelle ou symbolique, entre ces hommes et ces femmes qui souhaitaient que fût réparée la grande injustice du Projet Condorcet de 1792-1793 d'une part, et des butlériennes qui réclament l'érection de la non-binarité comme genre légal à part entière ou les viragos de #balancetonporc, me semble donc être une fraude intellectuelle grossière, qui ne peut séduire que des simplets des deux sexes mal renseignés sur les enjeux de l'accès féminin aux droits politiques. Je récuse donc, au-delà de cette seule définition-slogan, l'existence même d'une "cause féministe" définie. Je crois pouvoir vous suivre. Mais il m'apparaît que nous aurons du mal à nous entendre sur la question tant que vous n'aurez pas un exemple de ce que pourrait être "LE féminisme" à vos yeux. À vous de me le dire, chère amie. Quelle expérience directe de l'aliénation par le patriarcat avez-vous connue, et si nous parlons sincèrement, quel effet lui prêtez-vous sur votre capacité de conscience philosophique et politique ?
J'espère ne pas être trop hors sujet, mais je me disais que ce graphique est intéressant pour relativiser et montrer que la réalité est complexe et que toutes les inégalités ne sont pas nécessairement de la faute des méchants hommes 🙂 Parfois ce sont aussi des choix que les femmes font librement alors que rien ne les y oblige. En effet, même lorsque toutes les portes s'ouvrent pour les femmes, les choix que nous faisons (statistiquement) restent relativement stables sur 50 ans. Le déséquilibre H/F se résorbe très peu en 50 ans (et finit même par se renforcer brutalement ces dernières années, alors que le discours égalitaire n'a jamais été autant mis en avant par les médias).   (source: https://shs.hal.science/halshs-04461005v2/document)  
Et puis parfois je ne me questionne plus sur ce qui est systémique ou biais personnel... ...  Parce qu'on en est encore là... pour CERTAINS :)  https://www.lemonde.fr/sport/article/2026/05/29/roland-garros-2026-adolfo-daniel-vallejo-sanctionne-pour-des-propos-sexistes-envers-l-arbitre-apres-sa-defaite_6694798_3242.html