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Merci Sylvie, votre témoignage illustre très bien la distinction que j'essayais justement de faire. Vous auriez accepté un refus et vous auriez obéi, alors même que votre conviction personnelle serait restée intacte. Cela montre bien, a mes yeux, qu'obéir a une décision et être d'accord avec cette décision sont deux choses différentes. Et votre dernière remarque me paraît essentielle : si la soumission exige progressivement de renoncer a ses opinions, a ses convictions et finalement a sa liberté de conscience, que reste-t-il de la personne qui avait choisi de se soumettre ? Je trouve d'ailleurs très parlant que votre Maître ait choisi non seulement de respecter votre conviction, mais de vous accompagner. Il disposait de l'autorité que vous lui aviez reconnue sans éprouver le besoin de l'utiliser pour faire taire ce qui vous appartenait. C'est peut-être justement la que je situerais une partie de la qualité d'un Dominant : avoir du pouvoir sur l'autre sans avoir besoin de posséder sa pensée. Parce que, comme vous le dites très justement, si l'on finit par fabriquer une « poupée décérébrée », la relation perd aussi ce qui faisait la valeur de la soumission : la personne qui avait librement choisi de l'offrir.
On touche là à la liberté de conscience. Lorsque pendant l'été 2021 j'ai demandé à mon Maître la permission d'aller manifester, pour la première fois de ma vie, en réaction à un discours et des décisions qui m'ont profondément choquée, il m'a non seulement encouragée à défendre mes convictions mais a également fait le choix de m'y accompagner. Mais cela m'a amenée à réfléchir à ce qu'aurait été ma réaction dans le cas d'un refus clair et net. J'aurais obéi, j'en suis sure, j'aurais ravalé mes convictions, et bien d'autres par la suite, cela ne fait pour moi aucun doute (car je tenais énormément à cette relation,  qui n'en était qu'à ses debuts, mais dans laquelle je me sentais heureuse comme je ne l'avais jamais été). Mais jusqu'à quel point? Si on me retire ma liberté de penser, d'avoir mes opinions, à la fin je me suis plus moi mais une poupée décérébrée, donc il y a un moment où il y aurait eu rupture car tout cela n'aurait plus aucun sens - ça aussi j'en suis sûre.   
L'avocat du diable soulève justement un point intéressant. 😉 Même dans une relation TPE, je me demande s'il ne faut pas distinguer l'abandon du pouvoir de décision de l'abandon du jugement lui-même. Une soumise peut avoir consenti a ce que son Dominant prenne la décision finale et accepter de s'y conformer, tout en continuant intérieurement a penser : « Je ne suis pas d'accord avec cette décision. » À mes yeux, exprimer ce désaccord ne constitue pas nécessairement une insoumission. L'insoumission commencerait plutôt lorsqu'elle refuse d'appliquer une décision qui entre pourtant dans le cadre auquel elle a consenti. Sinon, cela voudrait dire qu'en TPE le Dominant ne reçoit pas seulement le pouvoir de décider, mais également celui de déterminer ce que sa soumise doit penser. Et la, j'avoue que je m'interroge : peut-on réellement consentir a ne plus avoir de jugement personnel ? Finalement, même en TPE, obéir et être d'accord restent peut-être deux choses différentes.
Justement, je nuancerais. 🙂 Comme je l'ai répondu plus haut à Neilerio, le consentement est évidemment la clé de voûte du BDSM, mais ce n'était pas tout a fait le cœur de ma question. On peut parfaitement être dans une relation consentie et respectueuse du cadre établi, tout en ayant face a soi un Dominant qui supporte très mal qu'on ne partage pas son avis. Consentir a une dynamique D/s ne signifie pas consentir a abandonner son esprit critique. C'est précisément cette distinction que je souhaitais interroger ici.