Brannec
par le Hier, 07:16:30
54 vues

C’était Pascale.
Elle m’avait dit :
— Demain, à neuf heures. Tu m’attendras.

Je n’ai posé aucune question.
Je n’ai rien demandé.
Je n’ai pas demandé “comment”.
Ni “combien de temps”.

J’ai juste obéi.

Le lendemain matin, je me suis levée tôt.
Je me suis lavée.
Vidée.
Maquillée.
Depuis plusieurs jours, elle m’avait encagée.
Elle était partie avec la clé.
C’était elle, et seulement elle, qui pouvait me libérer.

J’ai enfilé la tenue qu’elle m’avait imposée : une salope de bas d’immeuble.
Pas pour sortir.
Mais pour attendre.

J’ai fermé toutes les portes autour de moi.
Celles des pièces.
Le couloir de l’entrée était plongé dans le noir, comme on prépare un autel.

Et là…
je me suis mise à genoux.
À quatre pattes.
Coudes au sol.
Cul bien haut.
Le visage tourné vers la porte.

Pas pour guetter son ombre.
Mais parce qu’elle était ma lumière. Ma raison d’être.

Il était 9h.
Et la porte n’était pas verrouillée.
Elle pouvait entrer à tout moment.

Et moi…
j’étais là.

Pas immobile.
Pas figée.
Mais offerte.

Mon corps bougeait parfois.
Parce que mes muscles tiraient.
Parce que mes coudes brûlaient.
Parce que mes genoux criaient.

Mais je suis restée cambrée.
Je n’ai pas quitté ma position.
Je n’ai pas parlé.
Je n’ai pas supplié.

Je me suis laissée traverser.

J’ai douté.
Oui.
Je me suis dit qu’elle se moquait peut-être de moi.
Qu’elle ne viendrait pas.

Et pourtant…
c’était bon.

C’était bon d’être là, comme ça.
À attendre, peut-être pour rien.
Pour Elle.
Pour le plaisir qu’elle pouvait ressentir
en m’imaginant là : encagée, maquillée, cambrée, seule dans le noir.

Et puis…
à 13h30,
la porte d’entrée s’est ouverte.

Elle est entrée.
La lumière est entrée avec elle.
Je ne voyais pas son visage. Mais je l’ai sentie.
Elle ne m’a pas dit un mot.

Elle s’est avancée.
Calmement.
Elle n’a pas effleuré mon corps.

Elle a juste tendu le dos de sa main.

Et j’ai su.

J’ai su que j’étais à Elle.
Sans signature.
Sans cérémonie.
Sans promesse.

Juste…
à genoux.
À quatre pattes.
Bouche contre sa peau.

Et le silence.

Une semaine plus tard,
elle m’a écrit sur WhatsApp que tout était terminé.
Qu’elle choisissait un homme vanille.
Qu’elle préférait la stabilité à ce feu.

Elle est partie avec la clé de ma cage.
Et moi,
j’ai été obligée de briser l’enveloppe de secours qu’elle m’avait laissée —
celle que je devais lui présenter à chaque rendez-vous, intacte,
comme une preuve de ma soumission.

Ce jour-là,
je l’ai déchirée.

Mais la soumission, elle,
reste intacte.

(Ce texte n’est ni fiction, ni confession. Il est juste là, offert. Pour Celle qui refermera le collier.)

2 personnes aiment ça.