genderbender
par le 31/03/25
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Je me pose pour la première fois dans mon nouveau chez-moi, en attendant la livraison de l’électro-ménager, et puis aussi l’installation de ma box (dont j’ai peut-être pas besoin finalement mais bon…)

 

Je m’étais dit il y a quelques semaines, quand je commandais toutes ces conneries, quand je me cassais la tête (pour ne pas dire autre chose) à souscrire à un putain de contrat d’électricité, une assurance habitation, et quand j’ai passé mille ans à essayer de payer une saloperie de commande de meubles suédois de merde en ligne… je m’étais dit que je devenais réellement adulte, enfin… je m’étais dit que c’était bien la première fois que je faisais ce qu’il faut pour prendre possession de mon « chez-moi »…

 

J’avais passé les années fac à avoir juste un lit et quatre murs pour dormir (et dégriser, souvent), mais ça n’a jamais été chez moi. J’étais plus chez moi les soirs où on faisait les cons chez JJ, les soirées PES - vodka et roulades dans les cartons en ville, quand on sortait comme des merdeux, juste pour se marrer, comme des vrais punks ! Lui préférait faire des pompes sur le bras mécanique des pelleteuses, je ne juge pas, chacun son kink…

 

J’étais plus chez moi quand j’étais chez les autres, chez les potes. J’étais aussi chez moi un peu chez SM (sans le B ou le D…), quand on mangeait des sushis en écoutant les Rolling stones, Wild Horses (putain j’ai mis des années avant de pouvoir l’écouter sans chialer celui-là) en se roulant des pelles, et moi qui n’était qu’un ado amoureux, incapable de lui donner l’affection charnelle attendue d’un adulte (d’après son état civil). Elle est partie loin de chez moi, SM, et puis j’avais plus trop envie de vivre correctement quand j’ai compris que je ne la méritais pas, j’avais été jusqu’à traîner dans les bars seul la nuit, dans l’espoir de déclencher des emmerdes et des bagarres, comme dans Fight Club j’imagine. Heureusement, à part une syncope due au mélange diazepam + alcool et le trauma cranio-facial qui va avec, je n’ai pas vraiment réussi à en venir aux mains. Et puis je n’avais littéralement plus de chez-moi à cette époque, même plus les murs, même plus le lit… j’avais passé un petit moment chez JJ et sa formidable femme, et leur petite qui était bébé. Et je me suis senti heureux, comme un clochard qui se sent quand même chez lui sous un carton généreux. Je suis revenu un peu à la vie grâce à eux, oui, je crois qu’il m’ont sauvé la vie même, carrément.

 

C’est à ce moment que j’ai choisi de tout plaquer, partir vers le sud, le plus loin possible. Mais toujours pas de chez moi, juste un clodo en fuite. L’internat que j’avais squatté comme un toxico, aucun respect pour la piaule, des détritus et des colonnes de fourmis, un ménage de départ au bout de six mois au lance-flamme. J’avais gardé une apparence humaine en allant régulièrement me ressourcer chez mon pote SB, qui habitait pas loin, et puis aussi chez mes parents malgré la distance, parce que ça restait quand même mon chez moi fondamental. Ensuite, je l’ai rencontré, et elle est devenu mon chez moi, elle a viré le linge sale qui trainait partout, j’ai préféré squatter chez elle rapidement, parce que ça ressemblait à un vrai foyer. Ça ressemblait à chez quelqu’un d’autre en fait, mais c’était mieux que d’être en errance, alors je me suis persuadé que j’étais chez moi, mais c’était faux, bien sûr. On a bien déménagé quelques fois, on a bien mis deux enfants au monde, ils sont devenus mon chez moi, pas les maisons, les canapés, les lits ou les murs immaculés, sans photos ni déco ou presque. Puis au fil du temps les tableaux, les photos de chez ses parents se sont invités chez « nous », insidieusement, et je me suis de plus en plus enfermé dans mon véritable chez moi, c’est à dire mes garçons chéris.

 

J’y ai cru pourtant, une partie de moi s’est projetée, j’avais même bricolé deux trois trucs dans le garage et le jardin, chose impensable pour moi… mais au delà des ma progéniture, je ne me sentais chez moi que dans cette salle de jeu, pensée par mes soins, pour les enfants et aussi pour moi. C’est devenu ma salle de musique, d’écriture, de méditation, de sport un peu aussi. Et plus je passais de temps dans ce joyeux bordel, plus je comprenais que le reste ne m’appartenais pas, et que je n’avais rien à y faire. Alors il a fallu partir, encore.

 

Mais cette fois je crois bien que j’arrive à destination, car j’emporte avec moi mon véritable trésor, une semaine sur deux, certes, mais c’est mieux que d’être un passager clandestin chez leur maman. Ces murs blancs immaculés entre lesquels je squatte aujourd’hui, ce vide dans lequel résonne le bruit des touches de mon ordinateur : je crois bien que c’est vraiment et pour la première fois de ma vie complètement chez moi…

 

Son chez-soi, ce n’est peut-être pas un lieu, ou du moins pas uniquement. On prend possession de son chez-soi, on y injecte quelque chose de soi-même, on fait vivre ce lieu, cette personne à travers laquelle on peut simplement virer ses godasses dès qu’on rentre, et ne pas avoir honte de s’étaler sur le canapé comme un cachalot à la dérive. C’est un endroit de joie, de vie, qui nous casse un peu les pieds aussi quand une ampoule tombe en panne ou bien quand ces cons de cuisiniste ont pas prévu un trou trop assez large pour faire passer le tuyau d’arrivée d’eau du lave-vaisselle 🤬)… mais on aime bien réparer ces petits trucs, et puis les petits se régalent tellement quand ils entendent une visseuse ou une perceuse, un coup de marteau et les hurlements de leur abruti de père quand il n’y arrive pas ou bien qu’il se prend une planche sur les pieds…

 

J’ai compris maintenant que son obsession d’être propriétaire est finalement porteuse d’un sens profond. Pour moi, on n’est jamais vraiment propriétaire de son chez-soi, que l’on paye un loyer ou un prêt immobilier. C’est idiot d’en rester à ce niveau. Dans chez-moi, il y a surtout le mot « moi » et c’est bien celui-là qui compte, et qui ne s’achète absolument pas. Chez moi ça peut très bien être chez les autres, ou dans un parc avec une gratte, ou entre deux flancs de montagne, sous les rondes des buses. Chez moi, ça peut très bien être un cimetière-bar dans lequel traîne un ange déchue pixelisé et blessé, un peu gourmande quand il s’agit de snacks, et un peu taquine. Mais dans tous les cas, je crois bien que je viens de finir mon errance…

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PhatBrat
Ton coeur est ta maison, avec son lot de blessures, de vie, de trauma, d'amour, de déceptions, de joie, de frustration, de trip sous acid (ou pas), d'envies, de projets, de douceur, d'amertume, d'aigreur, de regret (ou pas), de remord (ou pas). On a envie de te dire de t'aimer, et qu'on t'aime aussi. Simplement.
J'aime 31/03/25
genderbender
PhatBrat ça me touche à mort tes mots ! tu passes prendre une bière quand tu veux (et si t'as de l'acid, bah on verra...) !
J'aime 31/03/25
PhatBrat
Juste un ricard, ça me suffira 1f609.png
J'aime 31/03/25
Azhara
Bonjour, Ça fait un moment que je vous lis et que je suis vos pérégrinations franchement agréables à lire. Je suis rarement patiente et prise par les écrits via écran, si je les tiens c'est qu'il y a quelque chose pour moi. Un truc qui me touche, un truc qui m'embarque, un truc qui me prend et qui me chamboule... entre émotions et honnêteté exacerbée qui me bouleversent. Je ne sais pas si vous avez vraiment trouvé votre chez Vous encore (ça peut mettre du temps surtout avec les aléas de la vie, jai souri à la lecture des démarches pratiques et administratives) mais quand je vous lis, j'ai l'impression que vous trouvez (enfin ?) votre vrai Vous...
J'aime 31/03/25
ÉviDanse
Chez soi c'est un peu comme trouver sa place et comme dit Phatbat c'est beaucoup lié au coeur. Certains se sentent plus à leur place chez les autres... j'ai connu. Après quand on a son chez soi nommé foyer, c'est encore différent. Pour moi c'est synonyme de sécurité aussi. L'endroit où on met ce qu'on veut avec un bordel organisé où personne ne résiste au canapé à mémoire de forme... Quand on est bien chez soi (son foyer comme son coeur), on est bien avec les autres. Ton nouveau voyage commence et je te souhaite qu'il soit plus apaisé et heureux avec ses hauts ses bas. Parce que la vie est ainsi faite. Merci pour le clin d'oeil touchant au cimetière-bar. Aussi, de m'avoir laissé les clés. J'assume ma gourmandise et saches qu'elle ne s'arrête pas aux pringles goût oignon... Loin de là. 1f609.png
J'aime 31/03/25
genderbender
@EviDance : 😉 entre gourmands, on se compr
J'aime 31/03/25
ÉviDanse
Déjà tu n'écris pas bien mon pseudo, en plus tu finis pas tes phrases 🙄 Y a du relachement 😂
J'aime 31/03/25 Edité
ÉviDanse
Plus sérieusement ... Avec le temps on se rend compte que nos choix n'étaient pas ceux qu'on aurait fait avec un certain recul et de la maturité. C'est à ça que servent les choses qu'on appelle "erreurs". Nous faisons certains choix à l'instant T parce qu'ils nous aident à avancer sur des points spécifiques. Dans ce mariage tu n'as pas gagné que deux trésors. Tu as aussi une certaine stabilité qui aujourd'hui t'emmène vers le chemin de l'épanouissement et de la rencontre avec une version de toi différente.
J'aime 31/03/25
genderbender
alors : 1/ je sais pas comment faire les accents sur les majuscules (et merde j'avais pas vu le C, c'est mon côté anglophone, désolé 😞) et 2/ mon téléphone décide parfois de supprimer des fins de mots comme "end" 😡... et oui, je sais bien que je suis assez proche de mettre le doigt sur une version de moi-même qui me plait bien. d'où ce sentiment d'être enfin chez moi 😁 !
J'aime 31/03/25
ÉviDanse
Ton téléphone n'aime pas les fins... très poétique. 😊
J'aime 31/03/25 Edité
genderbender
j'avais pas vu ça comme ça... quel beau regard tu as 😉
J'aime 31/03/25
ÉviDanse
Je laisse la place à d'autres de commenter tes mots. Je retourne au cimetière-bar ; )
J'aime 31/03/25
genderbender
@Azhara : merci pour vos mots ! je ne sais pas si j'ai trouvé mon vrai moi, mais je m'en approche, et je dois bien dire que publier ces écrits en ces lieux a été une initiative qui m'a beaucoup aidé 😁.
J'aime 31/03/25
Ossaum
Ce qui importe finalement, pour moi, c’est pas tellement l’arrivée mais plus le comment on fait le chemin
J'aime 01/04/25
genderbender
100% d'accord, mais il ne s'agit pas uniquement d'une question de destination (ou d'objectif), ce que je pense fuir depuis tout ce temps et enfin (et graduellement) trouver, c'est une certaine idée du confort. et une certaine dose de confort vis à vis de soi-même est une destination malgré tout appréciable, peu importe le chemin parcouru
J'aime 01/04/25 Edité
Ossaum
Le chemin vers soi-même....on dit un peu la même chose en fait....sourire
J'aime 01/04/25